|
" ( ... ) La bataille de Jarnac s'ouvre pour
lui dans de très mauvaises conditions; ayant eu une jambe
brisée par un coup de pied du cheval de son beau-frère
La Rochefoucauld*, il n'envisage pas un instant de quitter le
combat mais peut-être cherchant une mort héroïque
ou se souvenant de la devise de son oncle le Cardinal "ni
peur ni espoir", il fait flotter bien haut sa bannière
portant la devise "Doux péril pour Christ et la Patrie"
et déclare à ses gens (selon d'Aubigné)
"voici noblesse française, voici le moment désiré;
souvenez-vous en quel état Louis de Bourbon entre au combat
pour Christ et la Patrie".
Après une première charge victorieuse,
ses 300 cavaliers inférieurs en nombre aux 800 lances
du Duc d'Anjou sont pris à revers par les reîtres
allemands soldés par le trésor royal. Son cheval
est tué et sa jambe brisée l'empêche d'enfourcher
une autre monture. A terre, isolé, il se résout
enfin à rendre ses gantelets à deux gentilshommes
catholiques qu'il connaît et qui essaient de le sauver;
mais survient Montesquiou, l'un des capitaines des "manteaux
rouges" du Duc d'Anjou qui sachant la haine de son maître
et voyant le Prince à terre, s'approche au galop en criant
"Tue, tue mordious" et lui tire, par derrière,
un coup de pistolet dans la tête.
Le corps du Prince est ensuite, par dérision,
chargé sur un âne et reste pendant deux jours exposé
aux quolibets du Duc d'Anjou et de ses partisans; enfin, rendu
à son beau-frère le Duc de Longueville (frère
de Françoise d'Orléans), il est inhumé avec
respect à Vendôme dans la sépulture de ses
ancêtres.
Cette fin tragique dont il a du avoir le pressentiment
reste gravée dans la mémoire de son fils Henri
âgé de 17 ans qui, comme son cousin Henri de Navarre,
le futur Henri IV âgé de 16 ans, était présent
à ses côtés à la bataille de Jarnac
où ils faisaient leurs premières armes sous sa
direction.
Chevalier malheureux d'une cause trop moderne pour
lui, il laisse malgré ses défauts et parfois ses
revirements, l'image d'un homme valeureux et droit, perdu au
milieu d'une époque qui ne reconnaît plus ses valeurs.
La Noue, son contemporain laisse de lui un jugement impartial,
disant: "En hardiesse aucun de son siècle ne le surmontait
ni en courtoisie. Il parlait fort disertement plus de nature
que d'art, était libéral et fort affable à
toutes personnes et avec cela excellent chef de guerre, néanmoins
amateur de paix" ( ... )"
(extrait de " CONDE - Le Prince de Condé
", notice écrite par Alain Pasté de Rochefort,
en vente au Château de Condé)
ã Château de Condé
|
|